Belgique & Luxembourg
   

Allocution du Ministre Belge de la Coopération au Développement,
M. Armand De Decker, à l’occasion de la Conférence européenne pour
la sensibilisation à la solidarité nord-sud. Bruxelles, 19-20 mai 2005


Madame la Présidente, Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

J’ai l’honneur d’ouvrir avec vous cette Conférence européenne pour la sensibilisation à la solidarité nord-sud, une manifestation de grande ampleur dans laquelle le département des Affaires étrangère et de la Coopération au Développement de la Belgique s’est tout particulièrement investi.

Je suis heureux de vous voir rassemblés aujourd’hui, délégations nationales, représentants du Parlement européen, responsables d’ONG, d’institutions européennes et internationales, venus non seulement des vingt-cinq pays membres, mais également des pays adhérents et d’un pays candidat à l’adhésion.

Je vous remercie vivement d’avoir répondu nombreux à l’invitation qui vous a été lancée par la Belgique et la Commission européenne (par l’intermédiaire de la DG développement, de ECHO et de EuropeAid), en étroite association avec le Centre nord-sud du Conseil de l’Europe, le Centre de développement de l’OCDE et la plate-forme d’ONG CONCORD.

L’objectif de cette conférence, vous le savez, est de susciter un échange de vues sur les meilleures pratiques et d’inciter tous les Etats membres, et plus particulièrement les nouveaux Etats membres, ainsi que les Etats adhérents et candidats à l’adhésion, à accroître leurs efforts en vue d’une meilleure sensibilisation de leurs citoyens à la solidarité nord-sud.

Il est aussi attendu de cette conférence qu’elle puisse valablement contribuer à renforcer le rôle de l’éducation au développement et de la sensibilisation dans les politiques de la Commission européenne ainsi que de tous les Etats membres.

La présente conférence entend donc se situer dans la parfaite continuation de la résolution du Conseil de l’Union européenne du mois de novembre 2001, qui stipule à raison que l’interdépendance globale de notre société, la sensibilisation par l’éducation au développement et l’information, est indispensable au renforcement du sentiment de solidarité internationale.

Que cette sensibilisation contribue à modifier nos modes de vie en faveur d’un modèle de développement durable pour tous.

Qu’elle augmente enfin le soutien des citoyens à des efforts supplémentaires de financement public de la coopération au développement.

Le défi qui nous est ici lancé est donc un défi majeur.
Il concerne non seulement le devenir de la société européenne, ses modes de vie et ses valeurs interculturelles, mais aussi l’avenir de la coopération au développement et  de la solidarité Nord-Sud.

A cet égard, le récent Eurobaromètre consacré aux Attitudes envers l’Aide au Développement, publié en février dernier, ne peut manquer de nous interpeller. Cinq années après que les dirigeants de 189 nations aient signé la Déclaration du Millénaire de l’ONU, une très large majorité du public européen, soit 88% de celui-ci, ignore encore jusqu’à l’existence des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Comment dès lors imaginer emporter l’adhésion des citoyens européens pour un financement accru de la coopération au développement en vue de la réalisation de ces objectifs, sans commencer par inverser d’abord et rapidement cette situation ?

Comment imaginer mener à bon port le programme ambitieux de la Déclaration du Millénaire sans, au préalable, redoubler d’efforts en termes d’information et d’éducation des citoyens européens ?

A la lecture de l’Eurobaromètre, je crois cependant que nous avons plusieurs raisons d’être optimistes devant la tâche qui nous est impartie.

Tout d’abord, une part sans cesse croissante de la population européenne reconnaît qu’il est important d’aider les populations des pays pauvres en Afrique, en Amérique latine et en Asie à se développer.
Cette part dépasse en effet aujourd’hui les nonante pour-cent.
En outre, une proportion également importante des citoyens européens, pas moins d’un tiers d’entre-eux, estime aujourd’hui que leurs gouvernements et la Commission européenne font aujourd’hui trop peu en termes d’aide au développement.

Il s’agit-là, j’en suis convaincu, d’une force sur laquelle les pays de l’Union ainsi que la Commission européenne pourront utilement compter pour multiplier leurs efforts en vue d’une augmentation de l’aide officielle et d’une meilleure sensibilisation du public.

En revanche, il y a lieu de constater qu’un certain scepticisme quant à l’efficacité de l’aide reste de mise dans les nouveaux Etats membres.

Si une personne sur deux dans l’Union européenne croit que l’aide au développement fournie par son gouvernement national aide efficacement à améliorer la vie des populations pauvres des pays en développement, ce résultat moyen masque en réalité une divergence d’opinion.

Dans l’Europe des 15, le sentiment positif est en effet de 55%, tandis que dans les nouveaux Etats membres, la fraction de citoyens qui jugent leurs aides nationales efficaces tombe à quelque 32% seulement.

Ce résultat tient certainement à une conjonction de facteurs : il est en partie le reflet de la faiblesse des moyens financiers consacrés à l’aide au développement dans les nouveaux Etats membres ; il tient aussi à la place encore marginale qu’occupe la réduction de la pauvreté dans les objectifs de leur aide officielle ; il est enfin le reflet du sentiment très présent en Europe Centrale et de l’Est, qui a tant souffert ces dernières décennies, que son propre développement est prioritaire par rapport à toute forme de solidarité à l’ égard des pays pauvres du Sud.

Mais, pour la problématique qui nous retient aujourd’hui, mon sentiment est que ce scepticisme quant à l’efficacité de l’aide trouve, en partie au moins, sa raison d’être dans la faiblesse des moyens que les nouveaux Etats membres consacrent à l’éducation au développement et à la sensibilisation plus générale des citoyens.

C’est pourquoi, je me réjouis tout particulièrement de la présence, en grand nombre aujourd’hui, de délégations des nouveaux Etats membres, ici, à Bruxelles.

Cette présence apportera, j’en suis sûr, un regard neuf et particulièrement motivant sur les différentes problématiques dont nous avons à traiter durant ces deux journées de conférence.

Car il ne fait aucun doute que des progrès notables ont été enregistrés ces dernières années et que les exemples de bonne pratique se sont multipliés. Qu’il me soit ici permis de saluer notamment des initiatives telles que le projet TRIALOG, qui a beaucoup facilité l’accès des ONG de développement des nouveaux Etats membres aux réseaux européens, dans le but de promouvoir la sensibilisation dans l’Europe élargie ; le projet DEEEP destiné à accroître l’aptitude des ONG de développement à fournir une éducation au développement de base ;
le projet DEPART, qui favorise les partenariats entre ONG du nord et du sud autour des questions de sensibilisation et d’éducation au développement, et qui assure une bonne représentation et participation d’ONG des nouveaux Etats membres. 

Qu’il me soit aussi permis de saluer le travail accompli par le Centre nord-sud du Conseil de l’Europe ainsi que par le Centre de développement de l’OCDE, qui n’ont pas ménagé leurs efforts, ces dernières années, pour éveiller l’intérêt des nouveaux Etats membres aux questions de coopération au développement et de solidarité internationale.

Les apports de ces nombreuses initiatives, dont il me serait ici impossible de dresser la liste complète, tant celle-ci est longue, sont tout à fait indéniables.

Cependant, le chemin à parcourir reste encore long.

Conscientiser quelque 76 millions de citoyens aux enjeux de la solidarité internationale ne saurait se faire du jour au lendemain.

C’est un travail de longue haleine, qui requerra non seulement un agenda rigoureux et des moyens financiers considérables, mais aussi, permettez-moi d’insister sur ce point, une prise de responsabilité plus grande des gouvernements des nouveaux Etats membres.

Car il est vrai que l’éducation au développement et la sensibilisation y demeurent trop exclusivement de la seule prérogative des organisations non gouvernementales.

Or, au vu des enjeux de société dont il est question, il conviendrait que les Etats assument à l’avenir une plus large part de responsabilité dans ces matières.

Renforcer le rôle et l’implication de l’Etat dans l’éducation au développement et la sensibilisation du public ne vaut pas d’ailleurs que pour les seuls nouveaux Etats membres.

Cette considération revêt à mon sens un intérêt et une portée plus générale.

Je songe ici en particulier à l’éducation formelle, pour laquelle des collaborations fructueuses pourraient être envisagées entre ministères de l’Education et ministères des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, à l’instar du programme ‘Global Challenge’ en Finlande, qui associe le ministère des Affaires étrangères et le National Board of Education, dans le but de former enseignants et élèves à la problématique de la solidarité nord-sud.

Une telle initiative pourrait d’ailleurs utilement inspirer une dynamique européenne d’insertion d’un curriculum portant sur la solidarité internationale dans le cadre de l’éducation primaire et secondaire.

Impliquer plus activement l’Etat dans l’éducation au développement, c’est aussi, je crois, la meilleure garantie d’éviter non seulement l’éparpillement des initiatives, mais aussi d’assurer la qualité et la durabilité des formations.

En ce sens, je partage  entièrement les recommandations du Congrès paneuropéen de l’éducation à la citoyenneté mondiale, tenu à Maastricht sous l’égide du Conseil de l’Europe.

En 2002, ce congrès jugeait déjà nécessaire un soutien accru de la part des ministères de la Coopération au développement, des Affaires étrangères, de l’Environnement et en particulier des ministères de l’Education en vue d’assurer la pleine intégration de l’éducation au développement dans les programmes éducatifs (formels et non formels) à tous les niveaux.

A présent, l’heure est venue, je pense, de dépasser cette intention pour en venir à l’étude de sa faisabilité et de sa réalisation concrète.

C’est dans cet esprit aussi et afin de favoriser l’acquisition par les jeunes d’une experience réelle et concrète de l’aide au développement que la Belgique, à mon initiative, et à l’instar d’autres pays prépare actuellement l’organisation d’un service volontaire à la coopération au développement qui sera opérationnel dés l’an prochain.

Mais la quête et le souci d’une plus grande cohérence interministérielle, d’une meilleure intégration intersectorielle des diverses composantes de l’éducation au développement et de la sensibilisation du public touche également d’autres problématiques dont nous aurons à traiter dans le cadre de cette conférence.

Ceci me paraît évident lorsque l’on aborde la question des médias.

Ici aussi la réconciliation entre les médias, les audiences et les spécialistes de l’éducation au développement s’avère souvent difficile.

Comme nous le savons tous, les médias, et en particulier la télévision, occupent une place prépondérante dans la sensibilisation du public.

Mais la télévision, la radio et la presse écrite sont cependant souvent une arme à double tranchant. Si elles peuvent attirer l’attention d’une large audience sur les questions de solidarité nord-sud , elles ont parfois tendance à privilégier le sensationnalisme d’un événement unique à une programmation continue dans le plus long terme.

Ici aussi, des collaborations plus fructueuses pourraient donc être recherchées entre ministères de l’audiovisuel, ministères de la coopération, ONG et médias, afin que les réalités des pays du sud puissent être présentées dans leur diversité.

Bien sûr cette recherche de cohérence et d’intégration intersectorielle ne doit pas se limiter à l’échelon des seuls Etats membres de l’Union.

J’ai en effet l’espoir que cette conférence puisse être aussi l’occasion de réfléchir ensemble à ce que pourrait être une approche spécifique de l’Union européenne relative à ces questions et de la sensibilisation à la solidarité nord-sud, c’est-à-dire qu’elle puisse contribuer à l’élaboration d’un cadre stratégique européen cohérent qui puisse éviter la profusion et l’éparpillement des initiatives.

Un échange de meilleures pratiques me paraît, en ce sens, être la meilleure démarche si nous poursuivons le dessein de lancer un plus grand nombre d’initiatives et de dynamiques de dimension européenne.


Mesdames, Messieurs,

Vous êtes réunis aujourd’hui, dans le cadre prestigieux du Palais d’Egmont, au cœur de l’Europe, dans l’espoir de relever l’un des défis les plus importants de notre temps.

A l’heure où l’économie mondialisée laisse encore de larges franges de la population mondiale dans la précarité, sinon dans l’extrême pauvreté, le développement est plus que jamais la grande urgence de ce siècle qui commence.

A l’heure où le chiffre d’affaires d’une poignée d’entreprises dépasse allègrement le Produit National Brut de l’Afrique entière, nous nous devons d’être plus que jamais attentifs à conscientiser nos populations aux réalités du monde dans lequel nous vivons.

La pauvreté ne pourra en effet être battue en brèche qu’à la condition de redoubler d’efforts pour informer, éduquer et convaincre les citoyens de l’Union européenne de la nécessité de soutenir activement les gouvernements de l’Union et la Commission européenne dans la réalisation des objectifs ambitieux qu’ils se sont fixés.

A l’heure où les moyens actuellement consacrés à l’éducation au développement en Europe sont encore, hélas, inférieurs au budget d’une campagne publicitaire pour le lancement d’un nouveau modèle de voiture, gageons donc que cette conférence puisse contribuer à nous rapprocher de l’objectif fixé par le Programme des Nations Unies pour le Développement d’atteindre un volume de deux pour-cent de l’aide au développement réservé à l’éducation au développement et à la sensibilisation des citoyens.

Gageons, enfin, que cette conférence puisse n’être que le début d’un processus de plus longue haleine, c’est-à-dire qu’elle puisse inciter d’autres Etats membres à prendre le relais de cette initiative et devenir ainsi la première et non l’unique ‘Conférence européenne pour la sensibilisation à la solidarité nord-sud.’


Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de fructueux travaux.


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