Conférence de presse
« Violences sexuelles et SIDA, deux armes de guerre » 


Armand De Decker
Ministre de la Coopération au développement

 

Mesdames et Messieurs,

La dimension humaine de la coopération au développement est l’une des priorités de mon action, telles que définies dans mon discours inaugural prononcé en septembre dernier lors des Journées Diplomatiques et rappelée dans ma note de politique générale.

Il est important de préciser que l’homme et la femme restent et doivent rester au cœur de nos préoccupations. Que l’éducation, et en particulier celle des filles, est un élément essentiel de la lutte contre la pauvreté. Que le droit de ne pas être discriminé sur la base de critères de sexe ou d’origine ethnique, ainsi que le droit à la sécurité des hommes, des femmes et des enfants, dans un monde de plus en plus menaçant et violent doivent être au centre de nos préoccupations. Que la promotion des droits de la femme et le renforcement de son pouvoir d’action sont essentiels à la réduction de la pauvreté et au développement.

Les questions de genre sont un des axes prioritaires de notre politique de coopération au développement, en particulier dans les pays en situation de conflit ou de post-conflit.

En ce qui concerne la lutte contre les violences sexuelles et la propagation du SIDA, on peut se référer aux engagements suivants :

  • les objectifs du millénaire en matière de genre soutiennent la prévention des violences sexuelles et la prévention du sida.
  • La résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU ( 2000) qui porte sur les femmes, la sécurité et la paix,
  • la Déclaration de Pékin portant sur les actions de la société civile et des gouvernements pour la prévention de la violence contre les femmes et les filles,
  • et le programme d’action du Caire sur l’égalité des sexes, en particulier dans le domaine des droits et de la santé reproductive et sexuelle.

Lors du dernier Conseil européen informel des Ministres de la Coopération au développement à Maastricht, j’ai tenu à répéter les engagements de la Belgique en faveur de la mise en œuvre du programme du Caire.

La Belgique a décidé de participer largement au financement de programmes du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP - UNFPA), dans la lignée de ses partenaires du Benelux, les Pays-Bas et le Luxembourg, qui ont permis au fonds de pallier l’arrêt du fiancement américain de l’institution, qui soutient notamment une politique de prévention et de planning familial.

Le 28 octobre dernier la Directrice exécutive de l’UNFPA, Madame Thoraya Ahmed Obaid, a exhorté les dirigeants mondiaux et le Conseil de sécurité des Nations Unies à condamner le viol systématique et toutes les formes de traitement dégradant infligées aux femmes durant les conflits et à prendre des mesures à ce sujet, ainsi qu’à faciliter la réadaptation physique et mentale des victimes.

“Il est urgent”, a-t-elle souligné, “que les femmes qui ont survécu à la violence sexuelle reçoivent des services juridiques, psychosociaux et de santé en matière de reproduction qui soient de qualité, afin de porter remède à la violence horrible qu’elles ont subie. »

« Il faut agir d’urgence, a poursuivi Mme Obaid, parce que la violence contre les femmes dans les conflits est généralement ignorée ou marginalisée, alors même que ses conséquences pour des millions de victimes sont loin d’être marginales, les atteignant au plus profond de leur vie même. Une réaction efficace à la violence sexuelle est d’importance vitale, a-t-elle souligné, non pas seulement pour la vie de ses victimes immédiates, mais aussi pour l’avenir de leurs pays respectifs et pour la paix et la sécurité internationales.

La transmission du VIH/sida est l’une des conséquences les plus catastrophiques de la violence sexuelle, a déclaré Mme Obaid. La pandémie, a-t-elle souligné, menace “la stabilité et les perspectives de sécurité – portant atteinte aux systèmes sociaux qui sont submergés, minant la confiance collective en l’avenir”.

Le viol et le SIDA sont utilisés de manière systématique par des forces combattantes dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne. Des dizaines de milliers de femmes, de jeunes filles et même de jeunes enfants, filles et garçons, sont victimes de ces pratiques abominables. Viol et SIDA sont aujourd’hui devenues de véritables armes de guerre.
Cette tragédie amène la communauté internationale à réagir avec d’autant plus de rigueur et de fermeté afin de répondre avec efficacité à ce genre d’actes.

La Belgique de par sa position en tant que pays démocratique défenseur des droits de l’homme, et de par ses engagements internationaux, condamne fermement l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. La Belgique s’engage par des actions concrètes à aider les victimes.

C’est ainsi que j’ai décidé de consacrer 8 millions d’euros à un programme pour combattre ce fléau en République Démocratique du Congo.

L’objectif est d’agir à plusieurs niveaux, tant en matière de prévention et de soins, qu’en matière de justice et de réinsertion des victimes. Ce programme sera exécuté par le Fonds des Nations Unies pour la Population, l’ UNICEF et le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, en partenariat avec d’autres agences des Nations Unies et des ONG locales.

Le programme poursuit une approche intégrée et comprend 5 volets :

  • Collecte de données, sensibilisation et information
  • Volet médico-sanitaire
  • Volet psycho-social
  • Volet juridique/ judiciaire/protection
  • Volet familial, communautaire et intégration sociale (de 25.000 victimes de violence sexuelle).

L’effet escompté du projet est la prévention et la prise en charge des cas de violence sexuelle, améliorées par le renforcement des capacités de veille et de réponse médico-sanitaire, psycho-sociale, juridique et socio-économique.
Avant de terminer, je tiens à réitérer mon engagement.

Nous continuerons à collaborer avec nos partenaires, y compris les gouvernements, les organisations de femmes, les agences des NU et les organisations internationales afin de promouvoir le rôle des femmes dans la société, et avant tout leur sécurité, ainsi que pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité en vue d’un monde de paix et de sécurité internationale.

Je vous remercie.


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